St germain des prés
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Saint Germain des Prés commune rurale

Vivre la « ruralité » aujourd’hui

Ondulations de collines couronnées de vert, blé en herbe frissonnant sous la brise d’avril, harmonie des couleurs, campagne diversifiée façonnée et modifiée au fil du temps par nos paysans et en arrière plan la montagne : voilà notre terroir que de nombreux visiteurs nous envient.
Oui ! Saint Germain des Prés est bien une commune rurale, cela ne fait aucun doute, mais aujourd’hui qu’en est-il de la ruralité ? Le mot nous conduit aux conditions de vie à la campagne et il faut bien constater que, depuis le début du XX e siècle, elles ont profondément évolué.
Lors du recensement de 1926, la commune compte 150 ménages et 168 maisons pour un total de 567 habitants. Toute l’activité tourne autour du travail de la terre. Plus de 120 familles,propriétaires exploitants, métayers et fermiers, vivent de l’agriculture. Les artisans installés sur la commune sont, de près ou de loin également liés à cette activité. Beaucoup cultivent un lopin de terre, une vigne ou au moins un jardin. Dispersés sur le territoire communal nous trouvons trois forgerons, un serrurier,
deux charpentiers, un charron, un entrepreneur agricole (batteuse à vapeur), un tailleur, deux cordonniers, un boulanger, et il faut ajouter un garde champêtre et un cantonnier. Le curé et les instituteurs participent aussi profondément à la vie de la communauté, ils assurent le lien entre les habitants et, l’église avec l’école, restent au centre du village.
On peut dire que la quasi-totalité de la population vit en autarcie à Saint Germain des Prés mais le quotidien est difficile. Les surplus de production sont négociés sur les marchés voisins de Soual ou de Puylaurens, ils permettent ainsi d’acheter ce que l’on ne peut produire ou fabriquer. Mais 1926 se trouve au début d’une profonde transformation que l’on appelle l’exode rural. Il est clair que la commune est en train de se vider de sa population : 567 habitants sont recensés alors que quelques 50 ans plus tôt, il en résidait plus de 1000. D’où vient cette hémorragie ?

Industrialisation et les débuts de la mécanisation

Elle est profonde, l’industrialisation et les débuts de la mécanisation sont largement responsables mais elle a été accélérée par la Grande Guerre qui a terriblement touché les jeunes actifs et créé un trou démographique brutal et puis, les mentalités ont évolué. Ces hommes réunis dans l’épreuve ont parlé et échangé dans un formidable brassage de population. Les conditions de vie à la campagne sont apparues comme trop difficiles et ingrates alors que se multipliaient les usines et leurs promesses d’emploi plus alléchantes. Le métayage surtout devenait insupportable. Le mot métayer vient de l’occitan « meitié » qui signifie moitié en français;
c’est-à-dire que chaque métayer devait la moitié de la récolte au propriétaire plus un nombre bien défini de volailles et d’œufs. Le fermier était plus avantagé, il devait une somme fixe chaque année pour la durée d’un bail de neuf ans. Ces exploitations, souvent très petites, promettaient toujours plus de travail, plus de charges et peu de revenus pour une qualité de vie médiocre.
Deux familles immigrées italiennes (13 personnes), fuyant le fascisme et la misère, toutes deux installées depuis peu au Rivalou ne pouvaient compenser ce courant de désaffection.
Les années cinquante et soixante voient la disparition du métayage et des toutes petites propriétés. Au début des années soixante dix, la réalisation du remembrement achève ce que l’on peut appeler une révolution agraire.

Une autre ruralité

L’organisation territoriale de Saint Germain des Prés est profondément modifiée : Parcelles plus grandes et largement ouvertes avec la disparition de la plupart des haies. La production devient plus intensive et plus spécialisée, la polyculture traditionnelle et vivrière est morte. Une autre ruralité se met alors progressivement en place. On voit apparaitre un nouvel habitat alors que certaines fermes isolées sont délaissées. Une population venue d’ailleurs, choisit cette campagne accueillante pour s’y installer. Des hameaux s’agrandissent comme En Teste d’autres sont créés dans des zones libres, quasiment abandonnées : Garrigue Méjane (ancien « vigner » de Soual et Cambounet sur le Sor, ) Autour des fermes de Malacam et La Grèze un autre hameau sort de terre et 3 lo-
tissements complètent cette urbanisation autour du chef lieu de commune : d’abord Plaisance, puis dans les années 2000, les deux espaces bâtis de la Bonnetié et il a fallu penser un plan local d’urbanisme (PLUI) pour réguler cette urbanisation nouvelle qui grignotait la surface agricole.
Oui, le territoire de Saint-Germain-des-Prés est totalement transformé et dans ce nouvel espace rural les agriculteurs sont désormais largement minoritaires (ils sont moins de vingt aujourd’hui à vivre sur notre commune alors qu’ils étaient plus de 120 au début du siècle). Près de 950 habitants vivent aujourd’hui dans plus de 300 logements. C’est essentiellement un habitat pavillonnaire qui s’est greffé sur l’ancien et l’on voit se former maintenant la réalité d’un bourg entre les lotissements de Plaisance et de la Bonnetié. Finie l’économie de subsistance ! L’essentiel des revenus vient d’emplois salariés. La ruralité d’aujourd’hui est aux antipodes de celle d’hier. Certes l’église est encore un lieu de rassemblement important mais les associations proposent désormais des loisirs adaptés à la population et la salle des fêtes est devenue le centre d’activités le plus dynamique. Nous qui vivons aujourd’hui sur la commune, sommes majoritairement des retraités ou des salariés travaillant sur les pôles d’emploi voisins : les principales agglomérations de la communauté de communes puis Castres, Revel et même Toulouse. Nous résidons à côté des agriculteurs sans savoir ou comprendre leurs difficultés. Nous n’avons pas vraiment conscience que ce sont des générations de paysans qui ont fait ce pays et qui continuent à l’entretenir. Nous sommes heureux de voir l’éclat de nos coteaux, l’été, quand fleurissent les tournesols, nous aimons la volaille et la viande bovine du terroir, les légumes, l’ail, le miel, les confitures et j’en passe … mais savons nous tout le travail, toute la peine qu’il y a derrière ces produits ?
Alors bien sûr les coqs chantent trop tôt le matin, les moissonneuses batteuses soulèvent beaucoup de poussière, les chemins sont étroits et les tracteurs encombrants, le fumier dégage une odeur si forte ! Et l’on pourrait ajouter les cloches de l’église qui dérangent nos matins tranquilles ! Mais c’est quand même bien tout cela le monde rural ! C’est son identité, ne la remettons pas en cause !
Alors qu’ils sont de plus en plus vilipendés et montrés du doigt je voudrais dire simplement : merci à ces gens de la terre, ceux d’hier qui se tuaient à la tâche et ceux d’aujourd’hui, toujours généreux au travail mais inquiets devant l’évolution actuelle. Merci pour ce qu’ils font dans notre espace communal et pour ce qu’ils
sont : ils sont l’âme du terroir, c’est eux qui l’ont construit au fil des siècles pour nous offrir un enviable cadre de vie, parcourez le à pied pour vous en assurer !
Ils méritent bien notre estime et notre respect, nous avons besoin d’eux, de leur mémoire et de leur savoir faire.

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